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April 07 Miro
Miro, mais pas peintre !
On aurait pu le voir accroché sur les murs en train de faire de la poésie élastique ou carrément dessiner des autographes avec de la peinture plastique mais il a choisit de faire de la musique sarcastique avec des airs solitaires pour devenir vraiment Funky ! Il s’appelle Gian Marco Enrico Miroglio connu sous le pseudonyme de Jean-Marc MIRO. Né à Amsterdam d’une mère hôtesse de l’air et d’un père qu’il n’a pas connu, il grandit entre la Tunisie, l’Italie, l’Allemagne avant d’arriver en France. Dans une ambiance musicale très seventies, il apprivoise les pointillés situés entre les langues puis apprend à jouer de la guitare pour donner résonance à ses premiers textes en anglais. Ensuite, il choisira sa voix à tendance française. Pour ses premières poses en public, il n’hésitera pas à se produire dans le métro parisien. Avec son homestudio préfabriqué, il expérimente les réactions en chaîne avec son voisinage qui n’a pas l’air de saisir que ce barouf est bien plus qu’une simple musique qui dérange mais un véritable laboratoire branché sur l’humain et donc au service de d’autres artistes (comme Mc Solaar sur Hasta La Vista).
En 2001, il sort enfin son premier album « La voix du Vaurien » qui recevra le prix Félix Leclerc de la chanson française au Québec pour le titre éponyme. Mais Miro est surtout découvert médiatiquement avec le clip humoristique Billy the funkyman. À noter également, une excellente reprise de Ange : Si j’étais le Messie. Il participera à la bande originale du film “The truth about Charlie” de Jonathan Demme et “Nos enfants chéris” de Benoît Cohen. Après une énorme tournée, seul sur scène avec des pédales enregistreuses (Jam Man solitaire oblige !), il sort en 2003 son second album « En plein vol ». Les chansons qui se lient entre elles s’affinent, se mixent toujours avec génie singulier. On y trouve une reprise renversante avec Edgar de Jean Leloup et une chanson Rêve de rose sous fond de Tryo. Mais derrière des titres comme Normalement (le mal est fait), Anna / grammes, Corruption, Pas pire ou encore son Welcome to the Holy Wood, il semble que William Blake n’avait foutrement pas tord sur l’idée du démon créatif : « Aucune poésie n'est concevable sans la participation du Diable ». C’est assez terrible à comprendre je l’avoue mais tout simplement parce que c’est insupportable. En effet, pour le titre Murder, plutôt que d’y joindre les paroles dans le livret CD, Miro avertit le lecteur avec des mots qui en disent long sur le sujet : « Cette improvisation n’a jamais été écrite, ni pensée mais rêvée et hallucinée un soir tard dans le studio…….Cette spontanéité de la voix n’a jamais pu être retrouvée lors de l’écriture du texte le lendemain à l’aurore….J’ai donc préféré privilégier le ressentir plutôt que le comprendre. » Pour Advertising, la chanson qui suit, il sauve correctement les meubles politiques avec son in Love we trust !
À boire, à boire pour le Génie !
Mais attention, toutes les rivières mènent au rhum...
Il nous faudra attendre 2007 pour le retrouver sobre et neuf avec « Le vainqueur jaloux ». Pour cet album, on y trouve la participation de Charlélie Couture et du groupe italien East Rodeo. Miro expérimente une nouvelle forme de commercialisation. En échange de l’achat par téléchargement de son disque appelé "face vainqueur", on peut avoir accès gratuitement à la "face jaloux". Un peu plus tard dans les bacs, il se présentera sous la forme d’un double album. J’avoue ne pas avoir encore pris le temps nécessaire pour m’en imprégner complètement mais des titres « phares » comme Allume-moi ou veilleur de vie sont très emblématiques chez lui. On y trouve à nouveau une reprise de Jean Leloup, mais cette fois-ci le luxe au complet, Le monde est à pleurer dans chaque face et toujours plou funky. Il y a ceux qui sont dans la caravane et il y a ceux qui la regardent passer. Jean Leloup et Miro ont pris la caravane mais sans la voir passer. Dès 2008, il sort un live « Pris en flag » sur le concert enregistré au Paleo Festival de Nyon en juillet 2002. Un nouveau projet nommé Le Garage Miro se met aussitôt en place et file comme des bulles de champagne… C’est une tournée en diligence qui offre une série de concerts dans les cafés et autres lieux atypiques d’une ville afin de désintégrer le classicisme ambiant des salles trop bien habillées. Il décrit la formule comme un véritable garage de pièces détachées et rapportées, l’atelier de la mécanique des rêves de la musique. Les chansons sont parfois désaxées de leurs châssis et comme à leurs habitudes, le couplet de l’une rencontrant parfois le refrain d’une autre. Miro, un ingénieur funky ? Une chose est sûre : il voyage dans les trous noirs de nos pensées, se perd, s’arrête, repart, accélère et freine sans même disparaître. Il est toujours absent là où on l’attend et toujours présent là où on ira le voir. Il prend le temps de donner de la relativité générale aux rêves et ça s’entend dans notre espace.
Lors d’une entrevue sur France 2 pour l’émission CD’d’Aujourd’hui et diffusée le 15 mai 2007, Miro affirme travailler assez vite mais en prenant son temps. Les chansons se composent et se réalisent assez vite, mais après c’est le moment de les mettre en place, de les faire fonctionner ensemble. Il aime ce concept qui les relie entre elles, sinon ce n’est pas à son avis un album mais un enchaînement de chansons. Dans sa façon de travailler, il ne s’impose pas de direction, il laisse les pistes se définir par elles-même. Il avoue être un peu obsédé de liberté parce qu’il sait parfaitement que ce qui fonctionne le mieux c’est quand lui-même est surpris. Dès qu’il se voit se prendre trop au sérieux, il prend toujours le contre-pied. Plus la chanson est gaie, plus il a tendance à la traiter d’une façon triste, et plus elle est triste et plus il va y mettre des arrangements gaie autour. Donc, il n’assume pas d’aller dans une seule direction avec une porte fermée. Dans un couloir de chansons, il est toujours en train de chercher s’il y a des portes à gauche ou à droite.
Version électroacoustique du semblable différent : Edgar, l'endiablé !!!
Rêveur halluciné et trop éveillé, est-il TBTC ? Trop Bon, Trop Con de toujours vivre doucement mais sûrement dans l’entre-deux ? Serait-il qu’une poupée enracinée parmi d’autres et toujours au pied de notre lit ? Loin de nos mains, toujours entre le départ et l’arrivée, le casque vissé sur la tête et les pieds au mur ? S’agit-il juste de confessions d’un barjo à la Philip K. Dick ? Parles Charles ! Parles-nous de toi ! Mais ne nous oublie pas… Carbure-t-il au lithium avec ses textes de Baudelaire ? Fait-il le bilan de ses orages parfois souvent mais jamais toujours ? Quoi qu’il en soit, son art d’être au monde semble nous montrer que La vie est belle c’est le monde qu’est triste, on devrait donner de la vie à tous. L’humain, trop humain s’interroge : faut-il dire ce que l'on pense ou penser ce que l'on dit ? Bref, il continue sa route, poursuit sa constante trajectoire évolutive.
Pour toutes celles et ceux qui aiment la musique libre, sachez tout de même que Miro s’écoute impérativement avec un casque. N’en doutez pas, avec lui les parois ont des oreilles et chaque oreille peut devenir la cible d’une bombe aussi puissante que les ultraviolets. Vous pouvez porter des lunettes oranges fumées en guise d’écran total mais attention tout de même aux caprices d’étoile filante. On peut facilement perdre le contrôle dans son cœur-circuit puisque Miro allume affectueusement. Il est fou et il le sait, mais il nous aime !
Dessin de Delphine Courtois
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