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    October 31

    Voici l'enfant de l'espace !

     
     
     

                                                     

     

     

    Je le vois, je le connais, je suis lui, au moins en partie, disons qu’il est mon frère.

     

    Le voici donc, prêt à naître.

     

    Il est tel un nourrisson laissé à la garde de la couveuse automatique.

     

    Monitoring : Cartographie, échographie, il est un réseau de signes et de codes, de diodes et de graphiques en mouvement, nombre avant même que d’être chair dans le système solaire.

     

    Que cherche-t-il, cet animal tremblant, frémissant de peur devant ses propres origines, dès l’instant où le voilà laissé au monde ?

     

    Rien.

     

    Car il ne peut rien chercher. Il est désespérément seul, sans la moindre faculté motrice, et d’une faiblesse inouïe. Il ne peut que mourir.

     

    Alors il pleure, il crie et se débat pour attirer l’attention éventuelle d’un de ses congénères, sa mère, peut-être, viendra-t-elle à son secours. La couveuse, en tout cas, analyse son métabolisme en temps réel.

     

    C’est à peine si on peut définir cela comme un appel de la vie, c’est la mort qui gémit déjà dans ce corps-conscience-monde encore terriblement embryonnaire, et dont chaque cellule sait qu’elle est vouée à la disparition.

     

    Mais le voici maintenant prêt à découvrir l’univers, il marche, il mange, il apprend. Il se sent libre. Il s’est d’une quelconque façon redressé. Son cortex est alors dans une phase d’évolution supercritique, que nul autre animal vivant sur cette planète, même le plus évolué, ne peut connaître. Son  cerveau semble lui permettre des prodiges. Il produit en premier lieu une série incessante de catastrophes, que le véhicule humain en question est le premier à éprouver.

                

                                                   

     

    La Connaissance est la ligne parallèle et hélicoïdale qui s’enroule autour de la Chute. Comme dans une chaîne d’ADN aux évolutions coextensives.

     

    Sans la Chute de l’homme vers les abysses froids et terrifiants de l’inconnu, hors du monde matriciel et nourricier de l’origine perdue, sans cette course absurde dans l’entropie de la Matière jusqu’à la mort, aucun savoir de l’esprit n’a en fait la possibilité d’émerger.

     

    Mais sans la Connaissance qui initie et précipite la Chute, celle-ci ne se produit pas, et l’homme reste tout au plus un animal doué de raison, un automate vivant dans l’éternité naturelle du programme.

     

    L’homme est confronté à cette mâchoire de la cosmogenèse depuis que les conditions furent réunies pour son émergence. La question s’entend aussi bien sur le plan phylo- qu’ontogénétique. Elle est notre problème, à nous, nous, ceux qui se nommèrent un jour Hommes.

     

    La conscience nécessite un effort, voilà le plus difficile et le plus dérangeant des indices que cette conscience laisse négligemment dans le cerveau qui s’ouvre.

     

    La conscience prévient son habitacle provisoire que tout ceci appartient à l’ordre de l’évolution naturelle, mais que l’homme ainsi fait n’est rien d’autre qu’une espèce animale un peu spéciale, celle dont la chute hors du paradis de la nature est la condition singulière, c’est-à-dire la contrepartie nécessaire à sa singularité.

     

    Que se passe-t-il ensuite ?

     

    La conscience n’est pas un état, mais une dynamique, un processus qui s’engage à contre-courant de l’entropie générale. Elle nécessite la mise en action paradoxale d’une véritable économie secrète du langage, dans laquelle l’attracteur est donné par un mot unique qui voudrait toutes les images possibles.

     

    C’est cela que mon frère m’apprend.

     

     

                                    

     

     

    Cet automate onirique qui prend possession de ma réalité, qui prend possession de moi.

     

    Il m’apprend comment peu à peu les désirs se dérèglent, telles de pauvres machineries laissées à l’abandon dans une friche du réel, ou bien s’épanouissent à la faveur d’une promesse surnaturelle, comment l’effort n’est pas soutenu, comment la conscience s’avilit ainsi tranquillement dans un système où enfin elle trouve la paix.

     

    Je comprends alors, dans cette course au-delà de tout ce que je pourrais être, que la conscience est en fait une guerre que le cerveau se mène à lui même.

     

     

     

    Comments (4)

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    Babel ..wrote:
    j'aime bien aussi quand la mer se dé-monte.. ;)
    cet enfant de l'espace qui ne cherche rien, sait peut-être déjà qu'il va tout perdre en naissant..
    comme disait Cioran.. "Nous avons perdu en naissant autant que nous perdrons en mourant. Tout."
    Nov. 12
    dès son apparition
    le bébé est déjà un traqueur de Rien

    c'est après que ça se gâte...

    ;-)
    Nov. 10
    ChArLy bRoWnwrote:
    Pourquoi contredire une femme lorsqu'elle a raison ?
    Babel a écrit...
    L’encre a baissé...
    La mer monte...
    Nov. 9
    Babel ..wrote:
    qu'est-ce que la conscience ? certains l'ont associée au domaine de la pensée, comme étant irréductible
    au monde extérieu et pouvant même exister sans lui..
    pour d'autres, la conscience n'est pas une entité mais une fonction permettant de se distinguer du monde extérieur en rapportant à lui-même toutes ses représentations de ce monde extérieur..
    alors oui, on pourrait dire qu'elle est une guerre que le cerveau se fait à lui-même.. une guerre sans fin entre le "je" et le "moi"..
    Nov. 8

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